Comme vous l'avez peut-être déjà compris, je garde des jumeaux le soir; je vais les chercher à l'école, je les ramène chez eux, et les rend aux parents propres, repus et reposés. Ils ont bientôt cinq ans, âge tendre, courent partout, adorent aller au parc pour rigoler avec les copains et escalader tout ce qui dépasse leur pomme.
Vendredi soir donc, nous rentrons mains dans les mains, essayant tant bien que mal d'éviter de nous faire écraser par des hordes de scooters, vélos, vélibs, et autos enragés, et arrivons enfin au domicile. Avant de goûter j'envoie les chères têtes blondes se laver les mains au lavabo, je les rejoins guillerette, et tombe en arrêt devant un spectacle démentiel: une dizaine de sprays, et autres lotions anti-poux hantent les pourtours du lavabo: je dégluti et demande avec un sourire forcé sur les lèvres "Euh alors il y a des poux à l'école?".
Jules tout guilleret me répond du tac au tac "Non, mais maman en a trouvé sur Luke". Grouik, je sens que ça me gratte. J'essaye d'en savoir plus sur le "Où, quand, pourquoi, comment", histoire d'évaluer la "chance" que j'ai d'en avoir. Selon les statistiques calculée en toute hâte, j'ai 90% de malchance d'avoir déjà hérité d'une bestiole, qui aura déjà pondu sur ma tête... Uuuuuh, je ne me retiens plus, me gratte frénétiquement le crâne, et envoie un sms d'au secour à ma maman, qui en vu des belles et des pas mures question poux. Elle me répond qu'elle a filé à la pharmacie acheter du produit et que je peux passer le soir, on fera un shampoing et tout et tout...
Le reste de la soirée se passe sans trop de problèmes, je me suis attaché les cheveux, et tente de ne pas écouter la petite voix qui me dit "Ne t'approche pas d'eux, fuis, fuis!" alors qu'ils viennent me faire des calins.
Le soir je suis arrivée trop tard chez mes parents pour procéder à l'épouillage de rigueur après un peur si intense; mais samedi matin aux aurores, ma mère scrutait attentivement tout mouvement de vie sur mon cuir chevelu, pour finalement m'annoncer avec soulagement que "Ouf, y'a rien". Par précaution, aujourd'hui j'ai le produit-qui-pue-sa-race sur la tête pendant une heure, et pendant que je me faisait pschitter en poussant des "uuuuuuurgh" et des "aaaaaah", je pensais au pauvre Luke qui devait subir ça tous les soirs; épouillage, puis shampoing qui pue et qui pique, et peigne qui tire....
Je sens que la traditionnelle affiche "Les poux sont de retour" va bientôt refleurir sur l'entrée de la maternelle, mais cette fois, je ne frémirai plus; je l'aurai vu venir!