Dans les larmes
Je l'ai appris ce matin; en empochant le Libé qu'on peut prendre tous les matins à la fac, j'ai vu son sourire; je me suis demandé ce qu'il faisait là, en gros sur la couverture. Le temps de lire le titre et un grand froid me parcourait.
Je l'avais vu en décembre dernier à la salle Pleyel. Il était vieux et fatigué, mais toujours ce sourire de tombeur aux lèvres. La voix belle, douce et vivant se mettait parfois à chevroter et à trembler, il pleurait de ne pas y arriver ou de chanter avec tant d'émotions.
Etrange impression de ne pas être à sa place: un artiste en face de soi qui perd son instrument, qui se rend soudain compte qu'il doit arrêter, qui emmagasine dans sa mémoire la sensation de la scène, les regards doux des lumières, la respiration lente du public. Il avait eu du mal à partir, revenait sans cesse pour essayer une dernière fois de chanter, n'y parvenait pas, pleurait et nous disait dans un sanglot qu'il aimait son public. Par pudeur j'ai cessé vite d'applaudir; je ne voulais pas lui demander encore une fois de venir sur scène, de comprendre encore une fois que sa voix ne lui obéissait plus tellement, de lui pomper l'énergie en lui qui semblait si fragile. Pourtant il m'avait émue aux larmes, et fait vascillée, et j'aurai aimé le lui dire.
Bon voyage, Monsieur, bon voyage
Par Mlle Hirondelle, Jeudi 14 Fevrier 2008 à 23:17 GMT+2 dans Déambulations (article, RSS)






